Human signals through the fog [English/Français]

It’s 4 am and it feels like the day will never come. It may come on another planet, where things still go on the way they always used to. The sun will rise and the myriad creatures of that planet will bask in the morning light, stretch, and warm their bodies.

Down here, it feels like the outside is a huge underground hall.

I watch through the window the milky fog advancing through the houses, like a thief in the dark, swallowing them one by one.

There’s a special quality to loneliness at 4 am. You don’t simply feel far from the others, or detached from them. You feel as if the others are not there anymore. The planet has been silently struck by a deadly pandemic overnight. For some incomprehensible reason, I am still here to witness the morning after.

I would like to say I only have myself but the truth is that I don’t know what I still have – and who is this me having it. The contours of my sense of self are dissipating and hovering around the room. Slowly floating away through the open window. I am not happy. I am not sad. I am simply not quite there anymore.

It’s 4 am and all the memories that could hurt me, all the ghosts of the pasts, are already here. Watching me with their small beady eyes from the dark corners of the room. Not attacking, just letting me know they are present.

Outside it’s the dawn of a subterranean, fake, engineered appearance of a day.


Signaux humains à travers le brouillard

Il est 4 heures du matin et j’ai l’impression que le jour ne viendra jamais. Le jour va peut-être arriver sur une autre planète, où les choses se passent toujours comme avant. Le soleil se lèvera et les myriades de créatures de cette planète se prélasseront dans la lumière du matin, s’étireront et réchaufferont leur corps.

Ici, j’ai l’impression que l’extérieur est une immense salle souterraine.

Je regarde par la fenêtre le brouillard laiteux qui s’avancer parmi les maisons, comme un voleur dans le noir, les avalant une à une.

Il y a une qualité particulière de la solitude à 4 heures du matin. On ne se sent pas simplement éloigné des autres, ou détaché d’eux. On a l’impression que les autres ne sont plus là. La planète a été silencieusement frappée par une pandémie mortelle du jour au lendemain. Pour une raison incompréhensible, je suis toujours là pour témoigner le lendemain.

Je voudrais pouvoir dire que je n’ai que moi-même mais la vérité est que je ne sais pas ce que j’ai encore, et qui est ce moi ayant des choses. Les contours de mon sens de soi se dissipent et flottent dans la pièce. Ils flottent lentement à travers la fenêtre ouverte. Je ne suis pas heureux. Je ne suis pas triste. Je ne suis tout simplement plus là.

Il est 4 heures du matin et tous les souvenirs qui pourraient me blesser, tous les fantômes du passé, sont déjà là. Elles regardant avec leurs petits yeux globuleux depuis les coins sombres de la pièce. Elles n’attaquent pas. Elles me font savoir silencieusement qu’ils sont présents.

Dehors, c’est l’aube d’un jour artificiel et souterraine.

Photography as meditation [English/Français]

There’s nothing to pushing the shutter button. It takes a fraction of a second. Unless you’re using a film camera, you can take as many shots as you like, delete most of them, and then take some more.

You can do it as an ego-affirming gesture, as yet another form of narcissist expression. You can do it to kill time. You can do it to escape anxiety and depression.

But you can also turn it into an act of awareness and presence.

I’m always wary of “spiritual” language because there’s so much misuse and abuse of it. But awareness and presence need not be “spiritual”; they are basic features of our inner experience.

Remember the last time you felt absolutely present with whatever you were doing. Fully involved in that activity. Losing track of time. Being aware and focused without trying too hard. Without trying at all.

Walking with the camera in my hand does that for me. Not all the time. Not fully. But it makes this state of flow possible.

Sometimes I have a pretty good idea of what I want to shoot and how. Sometimes I have a vague idea but I remain open to whatever I encounter. And sometimes I just go with what’s there, with no plan and no expectations. Regardless of the situation, the way I pay attention, notice, and focus on things is different from the day-to-day scattered awareness I usually experience.

Even if I am not constantly looking for possible compositions, there’s a certain background awareness that accompanies any time spent with the camera. A form of attention to detail that, after a while, does not require any conscious effort.

In this sense, photography becomes a way of cultivating the art of noticing in the age of scrolling (to use Brandon Stosuy’s words). A form of spontaneous meditation.

There’s nothing complicated or esoteric about this. Its beauty lies exactly in its simplicity. Live and let live. Welcome whatever there is around you.

I took these photos on a cold sunny morning at the end of October, in a nature reserve close to Leuven, Belgium.


La photographie comme meditation

Appuyer sur le déclencheur est une bagetelle. Cela prend une fraction de seconde. À moins qu’on n’utilise un appareil photo argentique, on peut prendre autant de photos qu’on le souhaite, supprimer la plupart, puis en prendre d’autres.

On peut prendre des photos faire comme un geste d’affirmation de notre ego, comme une autre forme d’expression narcissique. On peut le faire pour tuer le temps. On peut le faire pour échapper à l’anxiété et à la dépression.

Mais on peut aussi en faire un acte de conscience et de présence.

Je me méfie toujours du langage « spirituel » parce qu’il y a tellement de mauvais usages et d’abus. Mais la conscience et la présence n’ont pas besoin d’être « spirituelles » ; ce sont des caractéristiques fondamentales de notre expérience intérieure.

Souviens-toi de la dernière fois où tu t’es senti absolument présent dans tout ce que tu faisais. Pleinement impliqué dans cette activité. A perdre la notion du temps. Être conscient et concentré sans trop essayer. Sans essayer du tout.

Marcher avec l’appareil photo à la main me rend dans cet état.

Pas tout le temps. Pas complètement. Mais cet état de flux devient possible.

Parfois, j’ai une assez bonne idée de ce que je veux photographier et comment. Parfois j’ai une vague idée mais je reste ouvert à tout ce que je rencontre. Et parfois, je me contente de ce qui est là, sans plan ni attente. Quelle que soit la situation, la façon dont je fais attention et je me concentre sur les choses est différente de la conscience dispersée au jour le jour que je ressens habituellement.

Même si je ne suis pas constamment à la recherche de compositions possibles, il y a une certaine conscience d’arrière-plan qui accompagne tout temps passé avec la caméra. Une forme d’attention aux détails qui, après un certain temps, ne nécessite aucun effort conscient.

En ce sens, la photographie devient un moyen de cultiver l’art d’attention à l’epoque du scrolling (pour reprendre les mots de Brandon Stosuy). Une forme de méditation spontanée.

Il n’y a rien de compliqué ou d’ésotérique à ce sujet. Sa beauté réside précisément dans sa simplicité. Vivre et laisser vivre. Sois en accord avec tout ce qu’il y a autour de toi.

J’ai pris ces photos une froide matinée ensoleillée de fin octobre, dans une réserve naturelle près de Louvain, en Belgique.